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HOMMAGE À ALISSA FREINDLICH

Alissa Freindlich, une star au théâtre et au cinéma

Alissa Freindlich, qui va sur ses 85 ans, a eu une vie et une carrière des plus mouvementées. Dès son enfance durant le siège tragique de Leningrad, elle a pris conscience de ses origines allemandes (les arrière-grands-parents de son père sont arrivés en Russie dès le XVIII siècle). D’après ses propres souvenirs, elle perdit plusieurs membres de sa famille et ne survécut que grâce à sa grand-mère qui distribuait des petits morceaux de pain rationné suivant un horaire très strict. Elle est née dans une famille d’acteurs. Ses parents ont vite divorcé et elle-même s’est séparée de trois maris successifs ; mais celui du milieu – le metteur en scène Igor Vladimirov - en a fait une star du théâtre. A l’âge de trois ans elle a assisté à un spectacle du conservatoire dans lequel jouaient la sœur de sa mère et son mari. Dès le lendemain, la petite fille a commencé à fredonner des airs d’opéra et à jouer « au théâtre » en cachette. Encore très jeune, elle a montré à son entourage ses multiples talents. C’est son père, le célèbre Bruno Freindlich, qui lui a conseillé de choisir les études dramatiques plutôt que le chant : sa voix était extraordinaire, digne d’une cantatrice, mais son physique et sa taille ne faisaient pas assez « opéra ». Sur scène elle a essayé tous les emplois en commençant par la figuration, les utilités en costumes et les rôles dits « de caractère ». Son drôle de caractère, elle l’a gardé durant toute sa carrière. Ses premières apparitions au cinéma datent du début du dégel – 1955. Quoiqu’elle ait joué une dizaine de rôles au cinéma parallèlement à son travail au théâtre, il a fallu attendre sa rencontre avec Eldar Riazanov (dont on a pu voir les films au festival l’année dernière) pour s’affirmer sur le grand écran. Pourtant les essais après leur première rencontre n’avaient pas marché : le rôle travesti de La Ballade du hussard, Eldar l’a donné à une autre actrice car il ne la jugeait pas assez masculine, et celui de L’Ironie du sort, par ironie du sort, a échu à l’actrice polonaise Barbara Brylska. Par contre, quelques années plus tard, pour Romance de bureau, ce fut un coup de maître. Du jour au lendemain, elle est devenue une star du cinéma pour le grand public. Son personnage, la camarade Kalouguina - bureaucrate classique de la période communiste, tombe amoureuse et se transforme sous nos yeux, ce qui n’est pas sans rappeler la célèbre Ninotchka de Greta Garbo dont elle devient l’égale à travers les décennies. Au cinéma tout lui semblait possible : le classique Alexandre Ostrovski dans Romance cruelle de Riazanov, Anne d’Autriche dans plusieurs versions russes des Trois mousquetaires, la femme du Stalker d’Andreï Tarkovski, la Lady Macbeth de la province russe dans Katia Ismaïlova de Valéri Todorovski - une version doublement modernisée de Shakespeare et Leskov transposée au XXe siècle, parmi tant d’autres rôles. Les temps nouveaux du cinéma post-soviétique l’ont poussée vers la télévision et à un retour vers le théâtre, sur scène ou filmé. Côté cinéma d’auteur, Andreï Khrjanovski lui fait interpréter en 2008 la mère du poète Brodsky dans sa fantaisie Une pièce et demie ou Voyage sentimental au pays natal. Son rôle dans Le Bolchoï de Valéri Todorovski, qu’elle retrouve plus de 20 ans après (comme dans le roman de Dumas), a une portée symbolique : la Grande Dame du théâtre et du cinéma russe règne au Grand Théâtre, non pas comme diva mais comme maître de ballet.

 

Kirill Razlogov


 

Mercredi 4 mars 2020 - 16:00 Cinéma LE BALZAC En présence d’Alissa Freindlich
Mardi 3 mars 2020 - 21:00 Cinéma LE STUDIO 28